Quand j'étais enfant, régulièrement je faisais un mauvais rêve. Enfin je dis mauvais mais à l'époque, il ne l'était pas tant. C'était plutôt le sentiment qu'il m'inspirait. Dès que j'étais "là bas" j'avais peur. Oui je dis "là bas" à dessein. Et quand je me réveillais j’avais une étrange sensation de malaise. Hormis ça, il n’y avait rien d’effrayant.

Je me promenais dans une allée en gravier, à pied, ma bicyclette à la main.

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Pas de quoi fouetter un chat. En apparence tout du moins. C’était un rêve très étrange. Déjà parce qu’il était répétitif, il revenait environ une fois par mois depuis presque toujours (en tout cas aussi loin que je m’en souvienne) et toujours identique dans son déroulement.

Sur mon côté droit (celui de ma bicyclette qui roule à mes côtés) se trouve un alignement de maisons qui suivent le sentier. De petites maisons de bois, souvent peintes en blanc parfois en couleur, entourées de petits jardinets ou de simple parterre, toutes délimitées par de petites palissades ou barrières, en bois elles aussi. Sur la plupart des clôtures, des buissons de rosiers sauvage et de l’aubépine.

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Deuxième chose étrange de ce rêve, je sens l’odeur des fleurs, je les sens tellement bien que réveillée, j’en ai le souvenir. Chez moi, je n’avais jamais vu ni senti les fleurs d’aubépine, le souvenir de ce rêve me faisait penser à la colle « Cléopâtre » à l’amande que j’utilisais à l’école, les roses de mon jardin, enfant, n’avait pas ce parfum acidulé des roses sauvages ou en buisson, un peu citronné. Ces odeurs merveilleuses m’étaient inconnues, du moins elles auraient dû l’être.

De mon côté gauche un talus suivant lui aussi le sentier jusqu’au bout. Derrière lui j’étais persuadée qu’il y avait la mer. Pourtant, pendant toutes ces années, jamais je ne l’ai vue.

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Au dessus de ma tête, le ciel lourd, couvert, menaçant. C’est de ça que je pense avoir peur ? L’orage ? Ce qui me semble peu vraisemblable étant donné que je l’ai toujours adoré justement, je n’en ai jamais eu peur, au contraire. Mais dans ce rêve, je suis morte de peur et j’ignore pourquoi.

Là, je n’y fais rien de particulier, je marche en trainant mon vélo, d’un pas très rapide, la peur au ventre et ce, jusqu’au bout du sentier. Au bout, quelques gouttes d’eau commencent à mouiller mon bras. Je jette mon deux roue à terre et… Je me réveille.

J’ai crains ce rêve pendant des années, simplement à cause de l’état dans lequel il me mettait, que ce soit pendant ou à mon réveille, une véritable angoisse profonde totalement obscure.

Puis avec la fin de l’adolescence, les séquences de ce rêve se sont espacées. Pour autant je ne me suis jamais habitué à ce sentiment de panique.

À  vingt huit ans, je suis tombée enceinte de ma fille, j’ai fait des rêves étranges qui n’avaient rien à voir avec ce cauchemar, j’ai rêvé que j’étais enfant, dans un grand magasin et que je voyais un tas de « boule et bill » quand j’étais petite j’étais persuadé que ça s’écrivait en un seul mot « boulébil » et que c’était juste le nom du chien :p

Mon doudou (que j’ai toujours) s’appelle buldibi, c’est un chien roux. Je n’avais jusque là jamais eu la moindre idée d’où pouvait provenir son nom. Ce rêve de moi quand j’étais enfant s’apparente finalement plus à un souvenir, lorsqu’on répète à toute vitesse « boul et bill » ça ressemble au nom de mon chien. Un souvenir donc, mais quel rapport avec l’autre cauchemar ? L’étrangeté du ressenti. Quand je me suis réveillée, je me suis senti bizarre, sans peur mais avec l’impression d’avoir pénétré un endroit de ma mémoire et c’est un sentiment commun au cauchemar répétitif. Cette impression de réel.

Quelques mois plus tard j’ai fais un autre rêve tout aussi réaliste. J’ai rêvé de ma fille, bébé, dans mes bras, nous cherchions une pharmacie, elle n’arrivait plus à se réveiller, j’avais très peur, elle ne se nourrissait plus. Ma fille, qui en réalité était encore dans mon ventre. Rêve prémonitoire ? Quand ma fille est née, je l’ai reconnue, ma mère m’a dit que quand un enfant naissait, on a l’impression d’avoir un petit étranger devant soi et qu’on a tout à découvrir de lui. Je n’ai pas du tout ressenti cela. Elle était l’enfant de mon rêve, son visage, la couleur de ses cheveux, j’avais déjà tout vu. J’ai allaité ma fille jusqu’à l’âge de onze mois, qu’aurais-je bien pu faire dans une pharmacie à la recherche de lait ? Hé bien, les trois premiers jours après notre sortie de la maternité, ma fille n’arrivait pas à téter, elle avait la mâchoire de travers et ne réussissait pas à garder le sein en bouche… La scène de mon rêve s’est reproduite au geste prêt, même la pharmacie de garde...

Mais le plus improbable niveau songe s’est produit pendant cette grossesse, mon fameux cauchemar m’a fournit une suite !

Le rêve commence exactement comme d’habitude, le même sentier, le même talus, les mêmes maisons, la bicyclette qui atterrie par terre, mais au lieu de me réveiller, je lève la tête.

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À mes pieds un escalier qui descend. Sur son côté gauche, un mur, je sais qu’il s’agit du mur d’un restaurant. Je le sais, pourtant rien ne l’indique, ça n’est qu’un mur blanc. Sur le côté droit un tuyau laisse sortir de l’eau, une eau claire, peut-être un ruisseau. Il y a des algues là d’où elle coule. En bas, la plage, devant moi, la mer, au dessus la pluie se met à tomber drue, des éclaires, du tonnerre, du vent, beaucoup de vent même tout à coup, un orage ? Et la peur, nan même plus de la peur, c’est carrément de la terreur. Le rêve se poursuit, je découvre tout et en même temps je sais déjà.

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Je descends l’escalier quatre à quatre après avoir jeté ce vélo. Je ne devrais pas être ici, j’aurais dû fuir, mais il est trop tard. Ce sont les idées que j’ai en tête. Je cours jusqu’en bas puis je reste là, bêtement à regarder la mer.

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Je me réveille.

Le fait d’avoir eu une suite à ce rêve après autant d’années à l’avoir vécu sans aucuns changements m’a pas mal perturbé mais m’a également émerveillé. Un mélange entre la peur de retomber endormie et l’excitation de ce que notre cerveau peu inventer de si proche de la réalité. Inventer, vraiment ? J’ai du faire ce cauchemar pendant ma grossesse avec cette suite, trois ou quatre fois.

Ma fille est née. Pendant les premiers mois aucun rêves n’a pu se dérouler jusqu’au bout, d’ailleurs je crois que je ne rêvais pas, pas le temps. Elle me réveillait toutes les deux heures, s’endormait pendant les tétées de la nuit, continuait de roupiller pendant les changes et j’avais à peine le temps de me recoucher qu’elle s’éveillait de nouveau. Ça a duré six mois… Puis elle a finit par faire ses nuits et un soir, le cauchemar est revenu. Une fois, une seule, la dernière, avec encore un bout en plus…

Ça recommence pareil, le sentier, le vélo, l’escalier, la pluie, la mer mais ensuite, je me retourne.

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Je suis entrée dans le restaurant (il manque une scène, je passe de la plage à directe l’intérieur du restaurant). Assise à une table, je regarde dehors, du moins je tente de le faire. Il pleut tellement que l’on ne peut rien y voir. En face de moi, de l’autre côté de la table, une personne que je sais être ma mère me parle, elle est triste mais surtout, elle est noire.

Mon propre reflet est celui d’une jeune femme black d’environ vingt ans. Ma mère pleure, ses mains sont dans les miennes. Je n’ai plus peur, juste un étrange sentiment d’abandon. Dans la salle bondée de monde, une personne pousse un cri. Les gens se ruent contre la vitre puis s’en éloignent aussi vite. Des hurlements, des chaises, des tables renversées, je suis calme, je regarde la mer, une vague grosse comme un immeuble arrive sur nous. Est-ce vraiment une vague ? Ça tourne !

Nous savions que ça arriverait, comment ? Je l’ignore. Mais nous ne savions pas quelle forme ça aurait. À ce moment du rêve, je comprends que j’ai toujours su que l’horreur était déjà là partout, tout autour, ici c’est juste le dernier endroit où aller.

La femme que je suis l’accepte et tout à coup les fenêtres se brisent. Il n’y a plus de cri, l’eau est partout, nous sommes dans cette salle de restaurant comme dans un gigantesque aquarium, je ne monte pas l’escalier qui mène aux étages, j’y nage. Ma mère me tient la main, il n’y a même pas de courant.

Puis la dernière scène (qui semble se dérouler longtemps après, plusieurs jours peut-être) : Nous sommes tous sur le toit, le soleil est là, des enfants sales jouent à terre, des vieux assis sur un muret discutent ensemble, ça sent la mort, c’est la réflexion que je me fais. Ma mère qui a nettement la tête d’un zombi m’adresse la parole, elle me dit qu’il serait temps de partir. Je réalise, nous sommes morts ce jour là.

Je me réveille étrangement sereine.

Je n’ai plus jamais fait ce rêve, jamais. J’ai cherché le message qu’il pouvait bien m’apporter sans vraiment le trouver. Puis un vendredi soir, seule (mon mari était encore au boulot), j’avais alors  trente quatre ans, m’emmerdant ferme chez moi, je décide de m’installer devant la télé. C’est rare (déjà à l’époque je n’aime pas cet engin). Je zappe, rien… Je me retrouve devant Thalassa « le magasine de la mer » autant vous dire que c’est loin d’être ma tasse de thé. Mais je ne sais pas pourquoi, sans doute parce qu’il n’y a rien d’autre, je reste sur cette chaine. Là on annonce un documentaire historique sur un petit village de pêcheur devenu pendant quelques années (il y a très longtemps)  grâce a sa lumière, un lieu où se sont rassemblé des artistes peintre. Je m’intéresse ! Tout à coup, c’est le choc ! Alors que la présentation se fait, des peintures, des toiles défilent sur l’écran. De petites maisons en bois y sont peintes, des haies de rosiers sauvages et d’aubépines, un sentier de gravier et une bicyclette posée contre un mur….

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Mon cœur a sauté dans ma poitrine mais je n’avais jamais parlé à personne de ce rêve ! Je l’ai noté dans mon journal intime, mais… c’est intime… Je ressens comme une sorte de panique, j’ai envie d’en parler je…

 Je ne sais plus.

Je saute sur le téléphone mais qui appeler ? L’émission se poursuit, je suis debout, béate et un mot tourne dans ma tête « pourquoi ? »

Cet endroit se nome Nantucket.

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C’est une île américaine située dans l’océan atlantique où bien sûr je ne mettrais jamais les pieds. Dans ce « magasine de la mer », ils racontent cette incroyable histoire de tornade qui aurait écroulée toute une partie de la côte dans la mer et fait fuir les artistes. Ceux qui ne sont pas morts… Il y a encore des reste de maison et certaines menacent encore de tomber, ça date de quand ? Du siècle dernier, je crois. Je ne suis même pas certaine.

À l’époque je n’ai su qu’appeler mon petit frère pour tout lui raconter, il a fait quelques recherches infructueuses à la médiathèque sur cette île mais sans succès. Je n’ai rien trouvé même cette histoire raconté sur Thalassa ne figure pas sur le site de l’émission…. Après, c’est vieux et à l’époque je ne savais pas me servir d’internet comme aujourd’hui.

J’ai l’impression d’avoir rêvé même cette émission, une chance pour moi que j’ai quand même mon frère comme témoins de ça.

Il y a quelques jours, j’ai rêvé que j’étais en train de peindre, je me trouvais dans une pièce illuminée par le soleil, ma chambre je crois. Dans une maison où le planché était en bois, les portes, les murs et les plafonds pleins de moulures. Un volet fermé et mon reflet sur la vitre. Je souris, je suis une femme de couleur. Je me suis réveillée en sursaut.